Comment passer l'hiver avec une caméra de surveillance solaire
Un panneau de 6 W plaqué plein sud récolte 11 Wh par jour en décembre au centre de la France, contre 26 en juin. La détection passe l'hiver sans qu'on y touche ; l'enregistrement continu, lui, bascule à la mi-novembre. Le calcul mois par mois, l'inclinaison qui gagne décembre, et les deux relevés qui tranchent sur votre propre mur.
Un panneau de 6 W plaqué plein sud récolte environ 11 Wh par jour en décembre au centre de la France, contre 26 en juin. Huit fois ce que réclame une caméra 4K réglée sur détection. Tout juste ce qu’il faut à une caméra qui filme en continu. Le calcul qui suit part de votre mur, de son orientation et de votre réglage d’enregistrement, et il rend un mois : celui où la batterie commence à descendre sans plus jamais remonter.
11 Wh/jce qu'un panneau de 6 W plein sud récolte en décembre
1,4 Wh/jce qu'une caméra 4K en détection lui demande
11,6 Wh/jce que réclame l'enregistrement continu
Étape 1 · Ce que votre panneau récolte, en watt-heures par jour
Un panneau annoncé à 6 W ne rend 6 W qu’un bref instant : plein soleil, perpendiculaire, propre. La valeur utile est ailleurs. C’est le nombre de watt-heures qu’il verse dans la batterie sur une journée entière, et ce chiffre ne s’estime pas à l’œil.
Il se lit dans PVGIS, l’outil de la Commission européenne qui donne la production d’un panneau photovoltaïque en tout point d’Europe, mois par mois. On y entre la puissance en kilowatts-crête, soit 0,006 pour un panneau de 6 W, puis la latitude, l’inclinaison et l’orientation du plan.
| Panneau de 6 Wc plaqué contre le mur, centre de la France | Juin | Novembre | Décembre |
|---|---|---|---|
| Plein sud | 12 Wh/j | 12 Wh/j | 11 Wh/j |
| Plein est ou plein ouest | 15 Wh/j | 4,3 Wh/j | 3,3 Wh/j |
| Plein nord | 7 Wh/j | 1,3 Wh/j | 1 Wh/j |
| Plein sud, mais sous un débord de toit | environ 5 Wh/j | environ 5 Wh/j | environ 5 Wh/j |
Plaqué vertical plein sud, le panneau rend presque autant en décembre qu’en juin : le soleil bas frappe un plan debout de face. Le même panneau tourné vers l’est perd les trois quarts de sa récolte sur la même période. En juin, du meilleur mur au pire, le rapport est de trois. En décembre, il monte à onze.
La ligne du débord de toit est un ordre de grandeur, pas un relevé : un panneau glissé sous un avant-toit perd environ la moitié de la voûte céleste, et donc la moitié de la lumière diffuse qui fait l’essentiel de décembre.
Pour un panneau de 2,2 W, celui que la SoloCam S340 porte à côté d’elle sur son support orientable, multipliez la colonne par 0,37. Cela donne 4 Wh par jour en décembre plein sud, et 1,2 Wh à l’est.
La latitude déplace le tableau entier. En décembre, plein sud et incliné, un panneau de 6 W récolte 18 Wh par jour à Marseille, 10 à Bourges et 7,7 à Lille. Entre les deux extrémités du pays, le rapport atteint 2,4 sur le mois qui décide de tout.
Étape 2 · Ce que la caméra consomme, selon ce qu’on lui demande
Une batterie de caméra travaille autour de 3,7 V. Un milliampère-heure vaut donc 3,7 milliwattheures, et 1 000 mAh valent 3,7 Wh. Cette conversion est le seul moyen de comparer une batterie à un panneau, les deux n’étant jamais notés dans la même unité.
Le reste se déduit des chiffres que les fabricants publient eux-mêmes. Reolink annonce 500 jours en détection pour les 20 000 mAh de l’Altas PT Ultra, huit jours en enregistrement continu à douze heures par jour, et quatre jours avec le pré-enregistrement de dix secondes actif. La même batterie, sous trois régimes.
| Ce que la caméra fait dans la journée | Consommation | En watt-heures | À fournir par le panneau |
|---|---|---|---|
| Détection, 5 réveils de 30 s en 2K | 25 mAh | 0,09 Wh | 0,12 Wh |
| Détection, 20 réveils en 2K | 70 mAh | 0,26 Wh | 0,33 Wh |
| Détection, 40 réveils en 4K, moitié de nuit | 300 mAh | 1,1 Wh | 1,4 Wh |
| Détection, 150 réveils en 4K, rue passante | 910 mAh | 3,4 Wh | 4,2 Wh |
| Enregistrement continu, 12 h par jour en 4K | 2 500 mAh | 9,3 Wh | 11,6 Wh |
| Pré-enregistrement de 10 s actif en permanence | 5 000 mAh | 18,5 Wh | 23 Wh |
La dernière colonne ajoute un quart. Entre la sortie du panneau en 5 V et ce qui entre vraiment dans la cellule, le régulateur et la charge perdent un cinquième à un quart de la récolte.
De la première ligne à la dernière, l’écart atteint un facteur deux cents. Il commande tout le reste, bien avant la puissance du panneau.
Étape 3 · Poser la soustraction, et trouver le mois qui bascule
Prenez votre ligne du second tableau, votre ligne du premier, soustrayez. En détection, quel que soit le rythme, le bilan reste positif toute l’année, y compris sur un mur est : 3,3 Wh récoltés en décembre contre 1,4 Wh demandé par une caméra 4K qui se réveille quarante fois par jour. Une caméra solaire réglée sur détection n’a aucune raison de tomber en hiver.
En enregistrement continu, la soustraction change de signe. Il faut 11,6 Wh par jour. Un panneau de 6 W incliné plein sud rend 24 Wh en septembre, 18 en octobre, 12 en novembre, 10 en décembre et 10 en janvier : le bilan passe sous zéro vers la mi-novembre et n’en ressort qu’au début février.
Le déficit tourne autour de 1,5 Wh par jour sur ces soixante-quinze jours, soit 110 Wh, soit 30 000 mAh. Les 20 000 mAh de l’Altas PT Ultra n’y suffisent pas : prévoyez une descente au câble vers la mi-janvier. À Lille, le même réglage bascule dès la fin octobre avec un déficit moyen de 3 Wh par jour, ce qui fait quatre recharges dans l’hiver. À Marseille, il ne bascule jamais.
Le panneau n’est donc pour rien dans les pannes d’hiver. Le mode d’enregistrement porte tout : filmer en continu coûte huit à dix fois ce que coûte la détection, et ce facteur-là déplace le bilan bien plus que la saison.
Étape 4 · Régler l’inclinaison pour décembre, pas pour juin
Les notices recommandent 35 à 45° par rapport à l’horizontale. Cet angle maximise la production sur douze mois. Votre batterie, elle, se vide sur deux.
| Panneau de 6 Wc, plein sud, centre de la France | Juin | Décembre |
|---|---|---|
| Couché à plat, comme un panneau intégré sur le boîtier | 28 Wh/j | 4,7 Wh/j |
| Incliné à 40°, l’angle des notices | 26 Wh/j | 10 Wh/j |
| Debout contre le mur | 12 Wh/j | 11 Wh/j |
Debout contre le mur, le panneau rend davantage en décembre qu’incliné à 40°, et plus du double de ce qu’il rend couché à plat. La raison tient en un chiffre : au solstice, le soleil culmine à 19° au-dessus de l’horizon au centre de la France. Un plan vertical le reçoit presque de face. Un plan horizontal le reçoit en rasant.
D’où l’intérêt d’un panneau séparé, relié par un câble. Celui de la SoloCam S340 se déporte sur son câble d’extension USB-C, celui de l’Argus 4 Pro sur quatre mètres : on le pose là où le soleil de midi arrive, même si la caméra regarde ailleurs. Un panneau soudé sur le dessus du boîtier, comme sur l’eufyCam S3 Pro, suit forcément l’orientation de la caméra. Elle regarde droit devant, le panneau est à plat, et c’est la pire position de décembre.
Posez l’ensemble entre 2,5 et 3 m : hors de portée, au-dessus de la haie, encore accessible sans échelle pour le nettoyage.
Ce qui fait échouer le calcul : le gel, la neige, le débord de toit
TP-Link écrit que son panneau Tapo ne recharge pas la caméra sous 0 °C ni au-dessus de 45 °C, et les autres fabricants retiennent la même fenêtre : charger une cellule lithium gelée l’abîme définitivement. Or en décembre, le froid et la lumière arrivent ensemble. Une matinée claire à -2 °C produit du courant que la caméra refuse, et la charge ne démarre qu’une fois le boîtier repassé au-dessus de zéro, vers 10 h. Comptez une journée de gel pour une demi-journée de production.
La neige est plus brutale encore. Un centimètre de neige humide met la production à zéro tant qu’il tient. Le vertical s’en débarrasse seul dans l’heure ; l’incliné à 40° la garde deux ou trois jours. C’est le second argument du montage debout, après celui du soleil rasant.
Le débord de toit, lui, coûte deux fois. Il masque la moitié du ciel, et la lumière diffuse arrive de partout, pas seulement du sud. Il prive aussi le panneau de la pluie, donc de son seul rinçage. Sortez-le de l’abri : le panneau de l’Argus 4 Pro est donné pour IP65, les caméras elles-mêmes pour IP66 ou IP67. Un coup de jet au printemps après les pollens, un autre à l’automne, et le verre reste propre.
Vérifier votre bilan sur votre mur, en deux relevés
Le calcul ci-dessus reste une prévision. Votre façade, elle, tranche en vingt-quatre heures.
Notez le pourcentage de batterie affiché dans l’application au lever du soleil, puis au coucher, le même jour. L’écart est la récolte nette des heures de jour. Relevez de nouveau le lendemain matin : la différence avec le chiffre du coucher est la consommation d’une nuit entière, sans aucune récolte pour la masquer.
Convertissez ensuite. Un point de pourcentage vaut la capacité annoncée divisée par cent, soit 50 mAh sur les 5 000 mAh de l’Argus 4 Pro, soit 0,185 Wh. Huit points gagnés dans la journée font donc 1,5 Wh récoltés, et vous savez si votre mur tient la ligne du premier tableau.
Le bilan tient si le pourcentage du matin est le même trois lundis de suite. Deux points perdus par semaine à la mi-novembre coûtent une trentaine de points d’ici février, la pente s’accentuant en décembre avant de se redresser. Une caméra à 100 % le 15 novembre passe l’hiver ; la même à 40 % s’éteint en janvier. Une recharge au câble à la mi-novembre coûte deux heures et règle toute la saison.
Questions fréquentes
Un panneau de 2 W suffit-il, ou faut-il monter à 6 W ?
Pour de la détection, 2 W suffisent partout en France : 4 Wh par jour en décembre plein sud, contre 1,4 Wh demandé par une caméra 4K qui se réveille quarante fois. Pour de l'enregistrement continu, ni 2 W ni 6 W ne tiennent décembre au nord de la Loire. Le seuil ne se joue pas sur la puissance du panneau, mais sur le mode d'enregistrement.
Pourquoi ma caméra descend-elle alors qu'il fait beau en décembre ?
Trois raisons se cumulent. Le jour dure huit heures au lieu de seize, le soleil culmine à 19° au-dessus de l'horizon au centre de la France, et la charge s'arrête sous 0 °C pour protéger les cellules lithium. Une matinée claire et gelée ne rend donc presque rien : le panneau produit, la batterie refuse. La charge reprend vers 10 h, quand le boîtier est repassé au-dessus de zéro.
Un panneau plus grand acheté à part règle-t-il le problème ?
Il ne sert à rien en juin, où la caméra plafonne déjà sa charge autour de 5 V et 1 A. Il sert exactement là où le besoin est : en décembre, sous un ciel couvert, où rien n'est plafonné et où chaque watt-crête supplémentaire finit dans la batterie. Vérifiez le connecteur, USB-C chez Reolink et chez eufy sur les modèles récents, et la tension : un panneau de jardin en 12 V n'a rien à faire sur une caméra prévue pour 5 V.